Kingersheim, une « démocratie-construction »

La grande réussite de ce modèle est d’avoir rapproché hommes et femmes politiques des citoyens, de les avoir fait réellement travailler ensemble.

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Jo Spiegel fut élu maire de Kingersheim, commune d’Alsace de 13000 habitants en 1989. A cette époque, déjà actif en politiques depuis plusieurs années et insatisfait avec cette expérience, il décide de faire progressivement différemment, d’aller vers ce qu’il nomme aujourd’hui « une démocratie-construction ».

Confronté à la fragilité humaine lors d’un bouleversement personnel, il veut développer une approche humble du pouvoir. Être au service plutôt que dans l’égo.

Pour Jo Spiegel, la construction démocratique et le développement personnel vont ensemble.

Selon cette « démocratie-construction », chacun, citoyen, élu communal, expert, est invité non seulement à exprimer son point de vue mais à coopérer pour parvenir à un accord. Le tout sur un continuum entre démocratie de réflexion, de concertation et de décision.

Comment cela marche-t-il ?

 Il faut que la démocratie soit naissance en permanence dit Jo Spiegel. Pour avoir des citoyens engagés dans la gouvernance, ils doivent être motivés par la démocratie. Voici quelques moyens et pratiques extra-ordinaires qui permettent cela à Kingersheim.

Depuis 1998 la ville a organisé ses « Olympiades de la démocratie ». L’idée est de susciter la curiosité et le désir de s’engager.

Pour chaque projet de la ville, des comités constitués de trois groupes de personnes (des « agoracteurs », citoyens volontaires ou tirés au sort ; élus locaux et experts) sont constitués. Ils constituent des « conseils participatifs ». Ils se réunissent dans la « Maison de la citoyenneté » qui a été spécialement construite à cet effet. Ces conseils prennent des « décisions » qui sont transmise au conseil municipal. La confrontation partisane est remplacée par une intégration des points de vues.

Quelle philosophie ?

Jo Spiegel défend l’idée d’une certaine maturité dans le rapport au pouvoir. Mettre son bulletin dans l’urne tous les quelques ans, cela infantilise les citoyens nous dit Jo Spiegel. La démocratie doit aussi vivre dans l’intervalle entre les élections. Avec une éducation populaire, vous créez un antidote naturel au populisme.

Nous devons réaliser le passage du Je au Nous. Le leader d’aujourd’hui doit être un leader modeste et disposé à travailler sur lui-même. Cela ajoute une dimension psychologique et spirituelle à la politique.

Le Conseil municipal de Kingersheim considère ses citoyens comme un partenaire d’égal à égal. Le rôle d’un représentant élu est surtout et avant tout celui d’un animateur du processus.

Comme le cadre de fonctionnement est toujours la démocratie représentative, les partis politiques existent toujours à Kingersheim. Toutefois, tel que fonctionne Kingersheim, les partis politiques ne sont pas essentiels. Ils ne sont pas les acteurs de la démocratie-construction.

Afin de permettre un bon fonctionnement de ce nouveau processus, Jo Spiegel accorde beaucoup d’importance au rôle de ceux qu’il appelle des « ingénieures du débat public », des facilitateurs de débats publics. Ces personnes sont des professionnels formés à la facilitation de groupes.

Les réussites et ce qu’il reste encore à faire

La grande réussite de ce modèle est d’avoir rapproché hommes et femmes politiques des citoyens, de les avoir fait réellement travailler ensemble. Ils recherchent un accord sur les mêmes valeurs, le même sens des mots et la même compréhension des enjeux. Grâce à cette pratique, ils peuvent prendre des décisions rapides et réaliser des ajustements dans la flexibilité au service de la ville.

Après des années de « démocratie-construction », la participation en tant que telle, n’est pas encore complètement acquise. Cela prend plus de temps pour transformer la culture politique.

Jo Spiegel avait annoncé qu’il ne se représenterait pas aux élections municipales de mars 2020. Se posait la question alors de la continuité du « modèle Kingersheim ».
Adjoint de Jo Spiegel à la mairie, Laurent Riche emmenait la liste « Kingersheim, une ville qui rassemble »
En élisant Laurent Riche à 64,70% dès le premier tour, les habitants de Kingersheim ont plébiscité la poursuite du modèle.

Poumon vert

 

Soirée de l’engagement

 

Circulation pacifiée


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